Le livre des jours qui parlent

Une envie d'écrire de lire de méditer de partager avec VOUS

27 décembre 2008

IL

 

Desir_pre2

Dessin : Loustal

Elle l’a revu, en cette fin d’après midi, par hasard pense t'elle, mais était-ce vraiment par hasard ?

Une première fois, elle était passée fébrilement devant lui et son amoureuse, sans qu’il ne la vît. Le couple avait posé leurs vélos en cet endroit où régnait une atmosphère chaude, générée par les rayons drus du soleil et un air de salsa endiablée. Elle avait presque frôlé le guidon de sa bicyclette mais IL ne l’aperçut pas. De toute façon, IL n’avait plus le droit de la voir, IL était amoureux d’une blonde, encore une blonde songea t’elle.

Un violent coup traversa depuis son cœur jusqu’à son ventre, ses jambes commencèrent à trembler mais contre toute attente, elle se contint. Elle réussit à rejoindre, en conservant un semblant de self control, le groupe d’amis qui l’avaient invitée et finit par oublier.

Les jours passèrent et puis, vint une nouvelle invitation en cet endroit dansant qui réunit durant tout l’été les aficionados de musiques caribéennes et latines. Elle se sentait bien dans cette ambiance, elle était enjouée, détendue. Jusqu’à ce qu’elle le revît. ILdansait là effrontément devant ses yeux, toujours accompagné de la blonde, "son  amoureuse". Immédiatement, son pouls s’emballa, ses yeux ne purent se détacher de ce couple qui ondulait devant elle.

« Il parait que cela va très mal entre eux », elle se retourna, sa copine lui apprit la nouvelle mais elle ne put s’en réjouir. Elle se souvient qu’IL lui avait demandé de ne plus l’appeler même au nom de leur camaraderie, d’effacer son numéro de téléphone, ce qu’elle fit dans une rage indescriptible. Elle savait pertinemment qu’un jour, ils seraient à nouveau amenés à se parler, et elle redoutait ce moment.

De toute façon, IL procédait toujours de la sorte. Tombant amoureux de femmes plus grandes, plus blondes, plus brunes, plus sages ou plus garces, peut être plus intellectuelles, En tout cas de femmes plus « too much » qu’elle, … enfin c’est ce qu’elle pense et a toujours pensé en son for intérieur.

Le lendemain, IL l’appelle à son bureau. IL ne possédait plus son numéro de portable. Elle avait pressenti qu’IL allait le faire car la veille, en quittant la salle de danse, IL l’avait aperçue et saluée d’un discret signe de la main et d’un sourire, sans que la blonde n’y prenne garde de fait.

Un sourire qui l’avait transpercée telle une flèche empoisonnée, une décharge électrique qui la laissa sur sa chaise, pétrifiée. Un ami qui avait senti son émoi resta avec elle tandis que la salle se vidait de tous les danseurs et convives.

Elle prend une profonde inspiration puis l’appel, dit quelques banalités, son cœur  ému battant la chamade, demande d'un ton monocorde mais fébrile des nouvelles de son couple. ILl ui répond évasivement qu’il y a des hauts, des bas, comme dans n’importe quel couple. Elle essaye de se contenir malgré une rage qu’elle sent monter en elle, IL a quand même du toupet de la rappeler. Pire, IL lui dit qu’il est heureux de la voir en forme.

En forme ? oui, en formes pensa-t’elle en esquissant un sourire dans sa voix tremblante. Lorsqu’elle raccroche, elle sait que leur contact reprendra, ou plutôt que rien en fait ne s’était jamais vraiment arrêté pour elle ... peut-être pour eux.

Cette attirance extrême qui lui fait perdre la tête, qui lui donne envie de se donner sans aucune retenue à cet homme, telle une femelle animale en chaleur.

Une évidence de plénitude de leurs ébats tendres, fougueux ou passionnés, ponctués de baisers avides exacerbant ainsi leurs sensualités.

Mettre un mot sur cette désirance, sur ce kif. Les propositions ne manquent pas mais aucune ne convient réellement.

Que ressent-elle ? C’est quoi ce sentiment ? Et lui ? se répète-t-elle dans sa tête. S’émouvoir au son de sa voix, sentir au fond de soi qu’on le désire envers et contre tout : des errances, des peurs, des certitudes, des craintes de perte de liberté aussi.

Elle connaît leurs travers et les redoute. Elle pense ne pas être à la hauteur des ambitions personnelles de cet homme qui se tient maintenant devant elle. Pourtant elle minaude, attirant charmeuse son attention sur ses atouts. Féline, elle se frotte contre lui. Finalement comme dans un jeu d’échec et mat, elle se laisse pénétrer en abattant une à une toutes les cartes de sa féminité. Dans un répit, elle tente juste de ne pas le laisser embarquer son cœur dans cette spirale.

Elle aurait envie de crier qu’elle l’aime, enfin qu’elle aime son corps, son être, mais elle se retient. La raison, elle la connaît trop bien …

IL lui répète qu’il ne veut pas de couple avec elle. Cela veut dire quoi un couple ? elle n’a aucune vision positive du couple, la naissance d’un enfant de l’amour désiré suivie d’un divorce long, poignant, épuisant, la dissuade depuis de longues années de croire à la possibilité, en ce monde, du couple dans sa définition première.

Elle préfère de loin la notion de l’amour, un sentiment qui se doit d’être noble et qui intègre désir et respect. Elle sait qu’elle ne peut lui résister mais elle craint aussi qu’une fois de plus l’histoire se terminera de la même façon, IL tombera amoureux d’une autre femme, et … IL l'oubliera, pour un temps ou pour toujours.

Elle se sent triste, pourtant elle est heureuse car IL est là, ses mains caressant son corps, ses seins, s’agrippant à ses hanches, son va et vient possède le chaloupé de ces péniches qui s’apprêtent à affronter la colère d’un océan furieux. Elle tente de résister aux vagues de plaisir qui la submergent mais elle n’y parvient pas. Alors elle se donne à lui, sans retenue. Et dans ce moment là, elle se fout de souffrir à nouveau, .. de souffrir sans doute un jour prochain.

 

Posté par cannelka à 13:22 - Mes humbles essais d'écriture - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

waouw quel plaisir de lire cette histoire bien construite et envoutante ! Bravo Doris

Posté par MLaure, 28 décembre 2008 à 09:55

Merci pour cet agréable moment de lecture... je me retrouve en partie dans tes mots...

Bonnne année 2009 Doris, qu'elle te soit pleine d'amour et d'amitié.

Plein de gros bisous belle de l'est.

La ch'tite du pas de calais.

Posté par Laudith, 31 décembre 2008 à 10:33

Belle fête de fin d'année ! Que 2009 t'apporte tout ce que 2008 a négligé !
bizzzzzzzzzzz
MLaure

Posté par MLaure, 31 décembre 2008 à 12:49

Beaucoup de sincérité et de fines observations (jusqu'à la danse chaloupée des corps, au final)... dans ce très beau "morceau de vie".... l'amour, le besoin d'attachement, de bien doux rêves... mais la toute puissance du désir... Une histoire "banale" et très émouvante, très bien racontée ! Sinon ? Tu ne viens plus nous voir.... Bises !

Posté par dourvac'h, 15 mars 2009 à 08:38

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